Rencontre avec le Capitaine Romain, pilote de chasse

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Pouvez-vous nous détailler votre parcours depuis votre entrée dans l’armée de l’air ?

Depuis mon plus jeune âge, j’étais attiré par le métier de pilote. En 2006, j’ai poussé les portes de l’école des pupilles de l’Air à Grenoble, où j’ai poursuivi une scolarité pendant trois années. J’ai pu y effectuer mes premiers vols en planeur. En 2009, j’ai rejoint l’École de l’air sur la base aérienne de Salon-de-Provence. J’y ai suivi une formation d’officier et d’ingénieur de trois ans. Ensuite, j’ai entamé la formation en vol au centre de formation aéronautique militaire initiale (CFAMI), où nous passons dès le début la licence théorique de pilote de ligne (Airline Transport Pilot Licence, ATPL).

J’ai débuté ma deuxième phase de formation aéronautique sur la base de Cognac à l’école de pilotage de l’armée de l’air pour le perfectionnement au pilotage. C’est à l’issue de cette phase que nous sommes orientés chasse ou transport en fonction de nos résultats. J’ai poursuivi cette longue phase d’apprentissage à Tours, à l’école d’aviation de chasse où j’ai obtenu mon brevet de pilote de chasse. J’ai ensuite rejoint l’escadron de transition opérationnelle sur la base de Cazaux, pour y apprendre les bases du combat aérien. En 2016, à l’issue de toutes ces étapes, j’ai été affecté en escadron de chasse Rafale.

 Vous êtes déployé sur le théâtre depuis bientôt un mois. Est-ce votre premier mandat Chammal ?

En 2017, j’ai réalisé un premier détachement de deux mois sur la base aérienne française aux Émirats arabes unis, dans le cadre de l’opération Chammal. À ce moment-là, j’étais pilote opérationnel et je réalisais principalement des missions de reconnaissance. Cette année, je suis déployé sur la base aérienne projetée (BAP) au Levant. Depuis l’été dernier, je suis qualifié sous-chef de patrouille, ce qui signifie que je suis désormais en mesure de conduire une patrouille de deux avions en mission de guerre. Le cadre est différent de celui de mon premier mandat car nous menons principalement des missions d’appui feu au profit des troupes déployées au sol. 

 Quelle est votre mission sur le théâtre ? Pouvez-vous nous décrire une mission récente ?

Nous sommes présents sur le théâtre pour lutter contre le groupe terroriste Daech et réduire le potentiel militaire ennemi. Je suis amené à réaliser différents types de missions allant du renseignement aux frappes planifiées, en passant par l’appui des troupes au sol. J’effectue principalement des missions de Close Air Support (CAS – appui aérien rapproché), dont le but est de fournir un appui aérien immédiat aux troupes engagées au sol. Concrètement, cela va de l’appui de renseignement à la réalisation de frappes d’opportunité, par exemple dans les situations où les forces au sol sont sous le feu des combattants de Daech.

Chaque mission commence par un briefing entre les pilotes, le météorologue et l’officier renseignement. Il comporte un point météo précis, suivi d’une analyse de la situation tactique, puis du briefing patrouille. Toutes les étapes sont abordées : formations en vol, altitudes, vitesses, phases de décollage et d’atterrissage, ravitaillements en vol, procédures de travail dans la zone de combat. Environ 45 minutes avant la phase de décollage, nous nous rendons à l’avion accompagnés de mécaniciens pour faire ce que l’on appelle le « tour avion », afin de vérifier une dernière fois que l’avion est parfaitement apte au vol et à la mission, avant de nous installer dans le cockpit. La phase de décollage est toujours critique. Avec les conditions climatiques rudes du théâtre et un avion très lourdement chargé (kérosène et armement), nous devons être particulièrement vigilants. Une fois en vol, la mission dure environ cinq heures. Elle comporte des phases de transit et de ravitaillement en vol. Cette manœuvre est une phase complexe et délicate, qui requiert une parfaite maîtrise de soi.

Un exemple illustre assez bien nos missions. Je suis leader d’une patrouille de deux Rafale. Nous décollons de la BAP pour une mission CAS. Après un ravitaillement en vol, nous arrivons sur zone au-dessus de la moyenne vallée de l’Euphrate et nous rendons rapidement compte de la situation au sol : les combats sont intenses. Sous nos yeux, les forces démocratiques syriennes (FDS) affrontent les terroristes. Compte tenu de l’urgence de la situation, en contact permanent avec un contrôleur aérien avancé, nous prenons la décision d’engager la position des terroristes. Dans ce type de cas, les forces alliées étant sous le feu de l’ennemi, il faut aller vite. Cette phase est particulièrement sensible car il faut venir en aide à des forces au sol en danger en ayant une parfaite maîtrise de l’environnement pour éviter les risques de dommages collatéraux. Avant chaque frappe, nous prenons en compte la situation au sol et étudions l’objectif en détail afin de choisir l’armement le mieux adapté à l’effet recherché, dans le strict respect des règles d’engagement qui nous ont été fixées. L’objectif est détruit. Les FDS se réorganisent et profitent d’un peu de répit. Pour nous la mission se termine, nous retournons sur la BAP et nous débriefons la mission. 

 Pouvez-vous nous parler des échanges avec les alliés de la coalition internationale ?

Dans la lutte contre Daech, nous sommes engagés aux côtés des autres nations membres de la coalition. Nos échanges sont fréquents et il est très enrichissant de travailler dans un milieu multinational, main dans la main, pour mener une mission commune. La coalition maintient plusieurs patrouilles en vol 24h/24 sur la zone des opérations. Nous venons de pays différents et nous observons la manière de travailler des autres. Nous avons atteint une très grande interopérabilité, qui est un atout essentiel pour le succès des opérations. Au sol, nous échangeons également avec nos homologues étrangers lors de différentes rencontres. 

 Comment gérez-vous au quotidien les facteurs « stress et fatigue » ? 

La fatigue se fait ressentir lorsque nous effectuons des vols de nuit car notre rythme de vie est modifié et nous devons nous adapter en conséquence. Pendant le vol, nous ne ressentons pas forcément la fatigue ni même le stress car nous sommes concentrés et attentifs à la mission. Nous pouvons être confrontés à des situations difficiles à gérer comme, par exemple, une panne mécanique ou un atterrissage avec un fort vent. Nous devons alors garder notre sang-froid afin de maintenir une sécurité totale et éviter l’accident. Le stress et la fatigue sont mis de côté. Par ailleurs, la pratique quotidienne du sport permet d’évacuer le stress et contribue à une bonne hygiène de vie.

 Quelque chose à ajouter ?

Devenir pilote de chasse c’est l’assurance d’exercer un métier hors norme. La formation est longue et exigeante. Notre vie professionnelle est jalonnée d’échelons à gravir, mais le rêve n’est pas inaccessible. Tout le monde a sa chance et j’invite tous les jeunes passionnés à se renseigner sur les modalités d’accès à ce cursus. Nous sommes engagés au cœur des opérations pour défendre nos valeurs et notre pays.

100 postes de pilotes sont disponibles  cette année  avec un BAC (même pro) ! Vous serez formé et rémunéré dès l’entrée en école !

Pour nous rejoindre, renseignez-vous auprès de nos conseillers près de chez vous, ou contactez votre CIRFA AIR !